mercredi 30 avril 2008

Contribution pour le Congrés du PRG Mai 2008


Prendre le parti des entrepreneurs
Par Majid EL JARROUDI

« Dire que le parti radical n’est pas un parti comme les autres, c’est simplement dire qu’il reflète un état tout nouveau des choses politiques en France », énonçait Fernand Buisson en 1910. Cette parole est encore d’actualité aujourd’hui. Le Parti Radical de Gauche est porteur de valeurs que l’on ne retrouve nulle part ailleurs dans le paysage politique français. C’est, bien sûr, le parti de la laïcité mais c’est aussi le parti de l’Europe ou encore le parti de l’économie sociale de marché. C’est également le parti de la diversité et du verbe haut depuis la candidature de Christiane Taubira en 2002.
Il est temps que la voix radicale se fasse entendre dans le silence assourdissant de la gauche, assommée par des défaites nationales, et incapable de bâtir à partir de succès locaux. Notre parti n’existe qu’à travers sa capacité à être en phase avec son époque, voire être en avance. Nos membres sont pour la plupart des hommes et des femmes actifs, engagés dans la vie de la cité et engagés professionnellement. Ce sont des individus épris de liberté et convaincus que la vie offre des opportunités à ceux qui s’engagent. Mais ils n’oublient pas les plus faibles et pensent qu’il faut mieux apprendre à pécher plutôt que donner un poisson à celui qui a faim. L’association entre les hommes est notre credo. Le solidarisme est notre doctrine. L’émancipation économique est l’un de nos objectifs.
Il est temps qu’un parti à gauche s’adresse de manière pragmatique à un public soi-disant acquis à la droite : les entrepreneurs. « Un radical, c’est un homme avec les pieds sur terre, et la tête dans les étoiles » disait le regretté Michel Crépeau. Cette définition sied avec la même justesse aux entrepreneurs. L’entrepreneuriat, selon la vision radicale, met l’homme, et non les organisations, au centre de la réflexion. Les entrepreneurs sont chez eux, au Parti Radical de Gauche.
L’entrepreneuriat est une voie que bon nombre de radicaux ont emprunté. C’est le chemin de l’ascension sociale, du courage, de la foi en ses rêves. C’est un chemin ardu, mais plein de promesses. Trop longtemps, on a stigmatisé les chefs d’entreprise comme des prédateurs économiques, toujours prêts à profiter de la faiblesse du peuple. Or, on oublie que plus de 50 % des entreprises en France, sont des entreprises unipersonnelles, ou que plus de 15 millions de français rêvent un jour de créer leur entreprise.
Seules 250.000 personnes s’engagent dans l’entrepreneuriat chaque année. Pourquoi si peu alors que le désir est profond ? Pourquoi aussi si peu d’entreprises arrivent à survivre au bout de 5 ans (50%) ? Combien de véritables success stories d’entrepreneurs partis de rien? La vérité est que la mentalité française n’encourage pas les bâtisseurs de rêves. La crainte de l’échec, rédhibitoire en France, paralyse les énergies. Il manque une volonté politique forte pour encourager la création de richesses à travers l’entrepreneuriat. Cela passe par trois axes forts : une politique de sensibilisation, un travail d’accompagnement, et un soutien financier (voire un soutien au chiffres d’affaires).
Les enjeux de l’entrepreneuriat sont multiples. Il s’agit de mobiliser à nouveau la population française à travers une valorisation des initiatives de chacun. En valorisant les hommes et les femmes qui construisent, la France apprendra à s’aimer à nouveau. L’entrepreneuriat offre également la possibilité à bon nombre de français de donner du sens à leur existence, en étant capable de se réaliser à travers leur emploi, ou leur projet. L’entrepreneuriat est une aventure collective qui agrège les hommes et les femmes autour d’un désir commun, et qui met les compétences de tous au service d’une cause. L’entrepreneuriat n’offre pas la place à des querelles intestines que l’on retrouve trop souvent dans des grandes entreprises.
La question de l’entrepreneuriat revêt une autre dimension plus inattendue, celle-là. Le plus fort taux de création d’entreprise en France se trouve dans les zones urbaines sensibles. On pourrait penser qu’il s’agit là uniquement d’une réponse conjoncturelle au chômage endémique qui touche les banlieues. Or, c’est surtout le fait d’une population jeune, diverse et très dynamique. Cette population qui croie fermement à l’ascension sociale à travers le travail, est sensible naturellement au discours du Parti Radical de Gauche, qui met l’homme au centre de tout.
La position du Parti Radical de Gauche est donc unique dans le paysage politique français. Nous pouvons porter des mesures simples mais avec une haute portée symbolique : mise en place d’actions de sensibilisation auprès des plus jeunes, en leur expliquant l’entreprise et en leur présentant des parcours d’entrepreneurs ; nommer des maires adjoints à l’entrepreneuriat dans les communes ; militer pour la création d’un grand ministère de l’entrepreneuriat ; mener des expérimentations afin de réserver une part des marchés publics pour de jeunes entreprises ; encourager les grandes entreprises du CAC 40 à travailler avec une diversité de fournisseurs, installées dans des ZUS par exemple.
Grace à notre implantation locale, nous sommes déjà en mesure en mettre en place un certain nombre de ces mesures. Nous devons assumer désormais pleinement notre positionnement social-libéral en réfléchissant à une doctrine économique en phase avec notre temps. Les travaux de notre ami Thierry Jeantet sur l’économie sociale doivent inspirer une cellule de réflexion interne capable de promouvoir une nouvelle idéologie, celle de l’économie sociale de marché. La question de l’entrepreneuriat social – entreprendre pour créer de la valeur sociale, et non pour créer de la valeur ajoutée - est capable d’impacter la société de manière significative. L’un des exemples les plus frappant est celui de Mohamed Yunus, prix Nobel de la paix 2006, pour la création du micro crédit. Nous pouvons réfléchir et proposer sur le concept de social business et prouver qu’à Gauche nous sommes capables d’innover économiquement, tout en étant pragmatiques.
Les chantiers sont nombreux sur cette question : mobiliser les français sur l’entrepreneuriat, élaborer un nouveau modèle économique social, innover dans l’entrepreneuriat social, réconcilier la gauche et l’entreprise… Toutes ces questions donnent du sens à notre engagement radicalement à gauche et nous démarquent considérablement de nos partenaires à gauche. Le pari de l’entrepreneuriat est un pari sur l’avenir, sur les hommes… Affichons nos couleurs, défendons nos valeurs, soyons audacieux, et proclamons haut et fort que nous sommes des radicaux.

2 commentaires:

Olivier Taconet a dit…

Salut Majid,
J'ai été bluffé par la lecture de ta contribution. J'aurais voulu te joindre lors du congrès, mais ne t'ayant jamais vu, et étant pris notamment par le fait que je m'étais promis d'intervenir sur un autre sujet, j'ai remis cela à plus tard. Tenant moi-même un blog,je me suis permis de reprendre une part de ta contribution que tu trouveras sur mon blog : http://radical27.blogspot.com/.
Voilà, je ne sais pas ce que tu en penses, j'aimerais avoir ton avis.
PS : j'ai un peu parlé à Elisabeth Boyer qui m'a dit le plus grand bien de toi.

Olivier Taconet

Pascal Lalmy a dit…

Salut Majid, moi aussi je te félicite pour ton excellente prestation


Amicalement

Pascal-Eric Lalmy
secrétaire national du PRG